dimanche 26 août 2007

RENDEZ-VOUS

























C'était au siècle dernier
Dans un bouquet de lumière
La lune avait laissé
Aux branches
Des éclats de verre




Tu m'as dit "à demain"
Et nous y voilà
Nous y voilà presque
Au siècle prochain

samedi 25 août 2007

MARGUERITE















Reine au coeur d'or
L'or de l'oeuf du paradisier
Ou du colibri buvant la rosée
Perles de rubis
Dans l'oeil de la queue du paon
Roue frémissante du paon de fortune
Et l'arc en ciel reflétant les eaux du lac
Iris tout de voiles et de gazes habillée
Déshabillée
Plus que nue
Sinueuse
Allongée tout à coup
Demoiselle nacrée
Rencontrée vibrante
Volant
D'amour encore enchaînée
Sur les ors répandus des colzas
Incroyable manteau de roi couronné
Chevelure de Marguerite-reine
Coeur d'or plus que vrai
Et ces yeux où passent des poissons chinois
Des papillons guyannais
En des plis de bannières déroulées
Des conquérants du Krach des Chevaliers

Marguerite-reine
Au hennin tuyauté de mousseline
De khôl les yeux de violine
Buvant au hanap ciselé
L'hydromel de l'Hymette déversé

Marguerite-reine
Reine étranglée
Aux marches du palais coquelicot
Reine foulée aux pieds par les chevaux de Picasso
Guernica brisant le vase
Les eaux déversées en flaques irisées
Arrondies en roue de fortune
Queues de paons étalées
A la volée du destin

Dans l'oeil de la roue du paon le paradisier
Et le colibri buvant la perle de rosée ...

LA CHOUETTE













Au rond-point de gravier délavé
Tourne l'arbre marchant
Au pas crissant du temps


Sous la sombre allée des cyprès
Impassibles passants défilant
Écoutez cette chouette clouée
Au battant de mon coeur


Les rémiges se crispent
Aux taches séchées
Le regard étonné
Ne peut plus s'allumer


Au battant de mon coeur
S'éteint étranger
Le cri interdit
De l'oiseau crucifié.

BORDEAUX

















Quelle est donc cette ville vide
Ville de notaires
Ville à vendre
Pas de portes
Et l'église des Carmes déchaux
Par appartements


Ville qui tourne le dos
Se ferme entre ses murs
Se clôt derrière ses mots
On la dit née du fleuve
On n'y peut jamais tremper la main dans l'eau


Mémoire du lotus
Parti à la dérive
Îles en escale
Au bout du cours du Chapeau Rouge
Place de la Comédie
Images en miroir
Îles de mémoire


Il est interdit de marcher sur les pelouses
Sous peine de poursuites
Ah ! Je veux qu'on me poursuive
Autour des magnolias ...

L'AMITIÉ (à Robert Audoin)











L'amitié des peupliers
De Chalonnes à Angers
Les ponts saute-moutons
Façades de beurre frais
Et les ardoises bleues

L'amitié des doigts de la vigne en sarments
Paumes creuses au flanc du coteau
Ruisseaux
Pupilles au plus ardent des courants

Au détour d'un chemin
Le clocher perce le pré
Il dresse son coq
Plus haut
A mesure de l'approche

Ton chien
Les noms de tes poètes et leurs voix
Cette terre
Cette eau
Et les filets qui s'y cachent

Bourgueil
Quart de chaume
Le château du roi René
Notre-Dame-de-Béhuard au péril de la Loire

Je me suis senti bien
Ami
Chez toi
Même si
Comme les anguilles de tes nasses
Je rêve souvent encore
De la Mer des Sargasses ...

AMOUR















Mon coeur est un cerf-volant


Ah ! Je vous en supplie


Coupez donc cette ficelle ... !

vendredi 24 août 2007

LES ADIEUX















Un sommier métallique
En bon état
Un manteau prune
À capuchon
Une chaise
À rempailler


Je vends
Ma paille et mon bois
Mon armoire en cerisier
Et mes skis de fond


Deux roues usagées
Un stérilisateur
Je vends à l'unité
Ou bien par lots de dix
Mes cages à lapins
Pour inscrits maritimes


Trois raquettes de ping pong
Dont une neuve
Un accordéon
À quatre feux
Jamais servi
Une porte de voiture
Servi six mois
Un moteur
Un bidet
Une veste bleue de lapin angora


Je vends ma guitare à bain d'huile
Mon caniche abricot très peu porté
J'abandonne
Pour cause de double emploi
Un artisan plombier certifié


J'achète pour amitié
Et plus
Si parfaite entente
Un grand bateau
Blanc.

ÉCRIT SUR LA CENDRE

















Désirs brûlants
Bleus
Les violons chanteront
Mes désirs écorchés


Combien d'élans
Pour un poème
D'espoirs brisés
Combien de peines


Bonjour dit-elle
Je suis heureuse
De vous revoir


Désirs brûlés
Bleus
Les violons pleureront
Mes désirs écorchés


Pour un poème
Sais-tu combien
D'élans brisés
Combien de peines


Coeur pantelant
Battant
Battant

MÉMOIRE D'ELSA









































Invente-moi la rose
La rose
Poète


Mais le népenthès ...


Aux champs de Marne
Guadalquivir
Guadalcanal
Argile et pluie
Le népenthès
Mangeur de chairs ...


Invente-moi
Poète
Invente-moi la rose


Dans les roseaux d'Annam
Les marigots
Du Maroni
Dans le Chemin des Dames
Ou bien
Au Bois d'Ailly
Poète
Pour une geisha
Invente-moi la rose
De Nagasaki.

LE COLPORTEUR










Je vous vendrai des mots
Venus d'Acapulco
Ou bien de Doniambo
Et même de Saint Malo
Ceux qui chantent le vent
Ceux qui chantent les eaux
Je vends des mots nouveaux
Et ceux du fond des temps


Je vous vendrai des mots
Autant qu'il vous en faut


Des mots qui ont roulé
Comme autant de galets
Et des mot qui volaient
Dessus les champs de blé
J'ai des mots qui miroitent
Et d'autres qui s'emboîtent
J'ai des mots de ferveur
Et des mos de douleur


Je vous vendrai des mots
Autant qu'il vous en faut


Je vends des mots d'amour
Et ceux de tous les jours
Et ceux de tous les jours
Qui sont des mots d'amour
Des mots si transparens
Qu'y passent des images
Et d'autres si brillants
Qu'y passent des mirages


Je vous vendrai des mots
Autant qu'il vous en faut


J'ai des mots qu'on réforme
Et puis qui se reforment
Des mots qui se transforment
Des mots comme des bulles
De toutes les couleurs
Et qui tintinabulent
Qui changent de couleurs


Je vous vendrai des mots
Autant qu'il vous en faut


J'en ai beaucoup de tendres
J'en ai au goût de cendre
Et j'ai des mots qui ruent
E tj'ai des mots qui tuent
Ce sont souvent les mêmes
Que ceux qui disent je t'aime
Et j'ai des mots souvent
Gonflés avec du vent


Je vous vendrai des mots
Bien plus qu'il vous en faut
Venus d'Acapulco
Ou bien de Doniambo
Et même de Saint Malo
Bien plus qu'il vous en faut ...

jeudi 23 août 2007

POÈME




Je dis PAPILLON

Et le coquelicot s'envole ...


23.08.07

mercredi 22 août 2007

BORDEAUX

























Mascarons aux façades cariées
Sous le rimmel du temps qui coule
Pigeons noirs tassés aux corniches
Et le fleuve qui carde sa filasse entre les ponts


Mémoire des aigles romaines
Des gonfanons britanniques
Clochetons ébréchés
Mais les rues sont pavées de granit et de porphyre


Aux créneaux les trompettes
La fête fut splendide
Odeurs mêlées d'alcools et d'épices
Le cristal des gobelets
A des reflets de rubis


Mémoire de voiles et de sabords
De fûts et de coupons
De jupes soulevées
Et de chants de marins
Chargés de sucre et de rhum


Les terre-neuvas ne reviendront plus
Ni les grands paquebots du Brésil
Les quais sont déserts
Les entrepots restent vides
Mais garde-t-on mémoire encore
Cliquetis
Des rumeurs d'autrefois
Remuements de verroteries
Garde-t-on mémoire
Des soleils des tropiques
Des hommes liés
Des filles vendues


Dans les caves vides
Toute honte bue
La ville est noire sous la pluie
Mais elle rêve au sifflement de l'aile bleue
Du siècle qui vient ...


1989 poème primé : Le Jasmin d'argent

LES PALAIS ET LES CHATEAUX








Certes les plus beaux
Sont ceux que l'on ne verra jamais


J'en ai construit, des villes et des châteaux !
Avec des tours et des tourelles
Des donjons
Des courtines et des créneaux


J'en ai planté, des allées de chênes
Des saules et des ormeaux !
Arabesques
Et dentelles de buis


Vasques et bassins
Perles des jets d'eau


Certes les plus beaux
Sont ceux qui restent à construire !


Chapelles aux toits d'émail
Portes d'ivoire
Vitres de rubis
Volées de lazulite
Et corniches de vermeil


Le chemin est rude
L'ombre rare
Mais la musique ...


Villes, châteaux, palais de cristal ...
Sitôt la poterne passée
Tout l'édifice s'évanouit
Tourelles et tours
Chapelles et courtines
Jardins et parcs
Fontaines et bassins ...


Pffuitt ... Fumée !
Un grand éclat de rire !


Mais reste la musique


Certainement, au prochain détour du chemin ...
Derrière cette colline-là ...



22.03.04

lundi 20 août 2007

CRÉOLE - Seychelles ( à Gérald Vidot )








Chocs sourds
Chambardements d'apocalypse
Bois noirs
De chêne et de châtaigne
Et les relents du coaltar


Voix du fer et du cuivre au grincement des poulies
Chacals
Mais ne parlons plus de la mèche du fouet
Ni de la fourche au cou
Nos liens détordus sont allés aux sillages sur la mer
Avec les paroles anciennes


Galets de lest polis sur d'autres rives
Issus de navires venant lèges des pays du couchant
Mots préalables
Prémonitoires
Ramassés au long des estuaires


Mots de fruits et de fleurs
De chemins francs
De cannelle et de muscade
De larmes et de rires
Mots de lignes et d'hameçons


O mère ! Un peuple est né de nos erreurs
Il écrit son avenir avec des caractères anciens
Dont l'assemblage est nouveau.




Victoria des Seychelles 1993

TESTAMENT











































Puisqu'il faudra bien enfin partir
J'aimerais, de la terrasse d'un café
Voir venir aux portes de l'église
Le corbillard et le cheval empanachés


Un mouchoir ... Qui était-ce ?
Je bois à votre santé.


Je vous laisse ...
Ce que j'ai de plus précieux
La cétoine qui dort
Au coeur de la rose


Je vous en prie
Donnez-lui l'envol ...




Les îles dérivent
Chacune de son côté
Je vous offre l'effluve
De la vanille sous le vent
La mer qui scintille
D'un milliard d'écailles


La vanille ! ...




Je vous laisse mes deux bassets anglo-normands
Le premier se nomme Anatole
L'autre Gédéon
Je sais que vous en prendrez soin


Je vous laisse aussi
Mon bonnet de marin




Buvez, aux confins de l'île Inutile
En mémoire de moi
Un alcool hors d'âge
Sur un glaçon millénaire
Cul sec !
Rejoignez moi ensuite
Sur une plage de l'île Anonyme




Je vous laisse
Sur une branche de pin
Une nichée de verdiers
Caudales jaune d'or
Le pic épeiche à nuque rouge
Grimpant le long d'un fil à plomb
Laisser les voler !


Alouette hausse-col, traquet rieur
La mésange lulu ou sa cousine à moustaches noires
Le bruant fou, le bruant zizi !
La fauvette à lunettes, le pouillot à grands sourcils
fauvette grisette, fauvette masquée
Le merle bleu, le rossignol philomèle
. .. Ah ! Le rossignol philomèle !


Je laisse à qui le rêvera
Mon jardin tout entier
Et des noms d'oiseaux par milliers
Ne cherchez pas à les voir
Ils sont beaucoup plus beaux ainsi !


Le bécasseau cocorli
Le grèbe castagneux
Le tourne-pierres, le chevalier cul-blanc !
Et puis le chevalier gambette
Le fuligule miloin, et son cousin milouinan
Le courlis corlieu, le phlarope
... Ah ! Le phalarope à bec étroit !




Je vous lègue, je le sais
Plus de mots que de choses
Mais c'est avec les mots qu'on fait les choses ...




Je vous donne le vent et la vague
Les ruisseaux, les torrents
L'averse, l'orage
La neige et la glace ...


Mais n'allez surtout pas
Couper les fleurs de mon jardin !


CODICILE




Lorsque je reviendrai
Car je reviendrai
Je ferai sur la place de la ville
Tourner un carrousel à deux étages
Aux couleurs de Blanche-Neige
Matin après-midi
Le soir et toute la nuit


Tournez manège
Au son de l'orgue de Barbarie
Pour les petits enfants


Une seconde vie tout entière
Pour faire monter et descendre les chevaux
Virer les toupies
Rouler les autos


Attrapez la queue du Mickey !


Je voudrais
Matin après-midi
Le soir et la nuit tout entière
Entendre chanter des gamins
Qui ne vieilliraient jamais


Cela pourrait durer toute une éternité.

été 1998

JE VAIS VOUS DIRE ...

























Il faudrait voyager
Si vous le voulez bien
Aux lignes de mes mains
La gauche bien sür
C'est celle du coeur
Mais aussi la droite
Puisque c'est les deux mains jointes
Que je vous prie


Vous y trouverez
Des peurs et des craintes
Des chutes
Des gifles reçues
Et les élans brisés
De l'enfant que je suis resté
Les yeux bleus
Les lèvres fermées


Remontez un peu
Si vous le voulez bien
Les lignes de mes mains
Vous y trouverez bien sûr
Quelque chose qui vous ressemble
Depuis les origines
Et ne se précise un peu
Qu'en descendant
Les lignes de mes mains


Le temps se raccourcit
Et prend d'autres chemins
Le temps s'attriste un peu
En même temps s'éclaire


Il est bien tard
Certes trop tard
Pour boire un peu d'eau fraîche
Au creux de votre main


Quelques secondes encore ...


Il faut que je vous remercie
D'avoir frôlé un jour
Les lignes de mes mains

LE NOUVEL AN






Et le vent le vent le vent
Et le temps le temps le temps ...
Sandales
Bottes de cuir
Galoches de bois
Pieds nus
Des pas des pas des pas des pas
Il faut pourtant que tu marches

Sur les os du temps
La poussière et la cendre
Les graviers de granit
Il faut pourtant que tu marches
Sur les os du temps

La dune est poussée par le vent
La vague échevelée
Se brise et s'étale
Une autre vient

Le soleil marche devant
Puis vient la lune

Minuit
Une heure
Deux et trois
N'étaient les carillons
Je haïrais les horloges
Cartels
Les pendules et les montres

Sandales
Bottes de cuir
Galoches de bois
Pieds nus
Des pas des pas des pas des pas
Il faut pourtant que tu marches ...

dimanche 19 août 2007

LES OIES SAUVAGES

























Les oies sont apparues ce matin
D'un coup de baguette magique
Elles flottent sur l'eau
Comme une évidence


Tout un peuple étrange
Aux limites de l'estran
D'où venues par milliers
Sur l'aile du vent ?


Uniforme sombre tête noire
Flancs rayés de gris et la culotte blanche
Elles se moquent superbement
Qu'on les dise bernaches ou cravants


Peuple étrange à nos frontières
Voix de gorge
Tout un peuple assemblé
Autre langage autres manières


D'une vague à l'autre doucement balloté
Sans insignes et sans grimoires
Ce peuple ne dit pas les noms de ses dieux
Il vit à nos marges
Depuis la nuit des temps


Peuple indifférent
Énigmatique
Peuple sans stèles
Sans traces et sans vestiges.

LES CYGNES



















Étangs et marais gelés tamaris et lointains cyprès
Mais l'oeil de la carangue m'était moins étrange


Tendu sur la trajectoire d'un désir inexpliqué
Le cygne nous vient d'un peuple taciturne
Porcelaine


Deux cygnes blancs
Décalés légèrement
A peine l'un plus haut que l'autre
Ample musique battue de rythmes réguliers
Long cou bec rouge orangé
L'oeil peint
Se méprendrait qui parlerait ici de parade


Obstinément guidées par quelque gyrocompas précis
Vers un orient où le hasard semble n'avoir pas de place
Ce sont âmes non parentes
Elles passent
Leurs chemins sont parallèles aux nôtres
Non point augures pythies ni prêtresses
Portant message pour elles seulement.

C'EST LA VIE !

Une île encore s'est enfuie
Qui porte un nom de jeune fille
Où sont ils les archipels
De mes amours ?

Le manguier dans la nuit
Présente d'étranges fruits
Qui battent des paupières
O mes amours !

C'est toujours pendant la nuit
Que les îles dans le silence
Larguent les amarres
O mes amours !

Tu flottes dans les voies lactées
Frôlant des plages de brocart
Des chevaux marins pendent aux branches
Des arbres qui flambent sur la mer
Laminaires ...
Les visages les cent visages
De mes amours ...




1993

L'ÉTERNITÉ


Lumière
Volée de bécasseaux
Comme un semis de lumière


Et je dis bonheur


Flaques du soleil
Branche d'un pin
Une mouette immobile
Silence


Et je dis bonheur


Je dis bonheur d'un ciel très pur
Je dis bonheur de tout l'indigo répandu
Bonheur de ces fleurs jaunes
De moutarde sauvage
Bonheur de cette ville blanche là-bas
De ce pont et de l'île voisine
De ce phare et de ce clocher
Je dis bonheur de ces toits
De ces volets verts
Et de ce grand voilier


Et je dis bonheur


Je dis bonheur de ce chemin poudreux
Et de ce vent léger
De ce parfum de résine et d'anis
Des festons du varech
Déposés par la vague
Je dis bonheur du cristal et de l'instant
Tout rond
Sans passé sans lendemains


L'Éternité




26.09.2003

L'ARCHIPEL DES SAINTES/TERRE-DE-HAUT









Sous la coupole du ciel blanc
La mer est lisse aux vitraux de la rade


Voici un lourd verrou de fer
un anneau rouillé
un éclat d'une porte de bois


Dans la citerne voûtée
Pleine
Il semble n'y avoir point d'eau
Tant elle est claire


L'iguane est un reptile qui peut atteindre un mètre
cinquante
Il porte une crête dorsale d'écailles pointues
C'est le gardien du temple


Fente de mes paupières à tant de lumière
Un flamboyant en majesté dans sa gloire de haute lisse
Encens alentour issu du mancenillier ou arbre de mort


Je veux que sur ma tombe
on place des lambis
Comme aux tombes des marins là-bas
morts du choléra


Tapisseries sacrées où voguent des vaisseaux de haut-bord
dans l'éclair des canons toutes voiles dehors
Mais les prisonniers sont morts au cachot
au milieu de tant de splendeurs


Au soir à contre jour la mer devient bleu-de-Prusse
Au long des plages elle reste verte
Le choeur s'embrase alors




29.04.90

NOTRE ENFANCE

Nos vaisseaux ayant descendu le cours des fleuves
Avançaient dans une plaine immense
Nos amours nous portaient
Que nous ne connaissions pas
Désirs de fruits et de sel
Soifs
Pour un million d'années
Nos certitudes immuables

Éclosions de lueurs
Aux indes étaient les îles
Des souffles tièdes nous poussaient
Carènes de navires invulnérables
Comprenez-vous bien cela
Vous qui avez déchiffré les portulans ?
La toile de nos voiles était taillée dans nos rêves
Maîtres de l'immensité
Ô douceur !
Ivres d'immages nouvelles
Toute foi toute confiance !

En vérité ce furent des millions d'étoiles
Des comètes en pluie
Des milliers de soleils et des milliers de lunes
Poissons étincelants
Myriades d'oiseaux jaillissant des flots
Tous plumages toutes couleurs
Dans nos sillages vibraient des cordes de cristalo
Mozart chantait à l'étambot
Nous maintenions le cap
Avançant vers nos fiancées

Lignes bleues des araucarias au ras des flots
Éblouissements du corail
Palmes
Sables et floraisons de l'océn
Porcelaines diaphanes dans le creux des vagues
Irisation des verreries
Saveurs de nos vins !

De grandes fleurs très étrangees flottaient entre deux eaux
Mauves et laiteuses
Mais au resserrement des détroits nous cherchions
Des effluves plus suaves encore
Les parfums d'autres épices
Souffles de cannelle
Haleine de la cardamome
Encens musc cire et benjoin
Girofle poivre tamarin

Au long des plages du santal et du piment
Des caravanes charriaient du sucre et du gigembre
Des coupons de damas et de brocarts
Des paniers pleins de perles ou bien d'écaille
Les matins allumaient des couleurs de verrières
Et les soirs déroulaient des tapis somptueux
Sur l'écran du ciel parfois s'épanouissaient des pavots


Ô nous en avons vu des crêtes chargées de neige
Des glaciers et des volcans
Des dunes jaunes et des terres rouges
Des anémones et des lys !
Auréoles d'amarante
Iris vallées de pivoines
Les pollens répandus en poudre d'or
Ont célébré nos passions
Nous rêvions de papillons
De coquilles et de nacre
Les océans roulaient des rubis
Des diamants et des saphirs
Émeraudes et pierres de lune
Nous quittions les îles l'une après l'autre
Leur laissant les prénoms de nos femmes de nos amours
Caroline Thérèse Lucie Dominique
Chacune un lotus posé sur la mer
De fastueux banquets nous ont été offerts
Chansons de harpes de violes et de flûtes
Musique de chalumeaux trompes et tambours

Nous allions toujours suivant la Croix du Sud
Alpha du Centaure
Ou le navire Argo

Qui nous eût appris que des tempètes
Allaient déchirer notre voilure
Abattre nos vergues briser notre mâture ?

Allez donc savoir quand et comment
Nous entrâmes dans cette lagune qui se meurt !
Nous voici pourrissant
Vapeurs de fièvres qui rôdent fétides
Fades odeurs des moisissures
Chairs humides feuillages gras
Anthuriums inquiétants balisiers
Improbables orchidées
Dans les sargasses de la tourbe et de la vase
Sous de lourdes frondaisons
Étrangers respirations
Nous n'apercevons que serpents
Salamandres sauriens
Animaux de toutes tailles
Bardés de cuir ou bien d'écailles
Aux figures surprenantes
Il serait bien hasardeux de les décrire ici !

Comprenez-vous cela
Vous qui savez tant de choses ?